Aux Chapieux, mon téléphone n’a pas capté une seule barre du week-end. Ni 5, ni 4G, pas même ce petit « E » qui fait semblant. Une zone blanche intégrale, un retour aux sources version dans mon berlingo, sans notification ni story. Et franchement ? On s’y sent bien. Plus personne ne regarde son écran : tout le monde regarde les montagnes, bivouac sous la pleine lune en attendant de se réveiller sur la ligne de départ.
Un air d’UTMB
Départ de la vallée des Chapieux, ce hameau que les coureurs de l’UTMB connaissent par cœur. Ici passe la plus célèbre des boucles autour du massif, juste après la descente du col de la Seigne (2 516 m). Cette année, par mégarde de la tête de course nous avons pris le mauvaise trace, mais je dirai le plus beau segment certifié Strava.
Et les participants étaient là. 1 493 finishers ont franchi une ligne d’arrivée sur l’ensemble des formats. Pour situer : les chiffres annoncés pour l’édition précédente tournaient autour de 1 100 participants. Entre les 47 finishers du Défi Ultra, les 271 du 68 km et les 353 du 46 km, on n’a jamais vu autant de monde se foulée ce denier trail montagnard.
Le 46 km : où votre auteur tente de ne pas se vanter
Parlons de moi, c’est plus simple. Je remporte le Trail du Mont-Blanc, 46 km et 2 800 m de dénivelé positif, en 5 h 11 min 24 s. Et pour ne rien gâcher, j’améliore le temps de l’épreuve de 5 minutes.
Je précise que je ne le dis pas pour me vanter. Je le dis parce que ça fait du bien, car je suis plus souvent habituté au place d’honneur. Le plus sympa, c’est que Gabin Ageron, mon camarade du team Craft, signe sa deuxième victoire sur le 22 km de la Grande Écaille en 1 h 56 min 56 s, et bat lui aussi le record.
Deux records dans la même team, un week-end : si on ne se félicite pas entre nous, qui le fera ?
Les parcours, ou comment un sentier devient une cathédrale
Le TPSB, c’est avant tout un décor. Les sentiers courent le long de la Vallée des Glaciers, dominée par les arêtes blanches des Aiguilles des Glaciers. Les cols s’enchaînent entre France et Italie, des herbes jaunies par l’automne et des pierriers qui claquent sous les semelles. Et l’on grimpe jusqu’au col de Chavagne face au Mont-Blanc et ses souvenirs de passeurs, avant de replonger vers les Chapieux. Mais la délivrance ne se termine qu’une fois le col de la grande écaille franchi.
Le tout dans un silence de cathédrale, ponctué de souffles courts et de troupeaux de bouquetin. Autour de moi, la montagne se contentait de me regarder passer.
Voici le détail des formats :
- Défi TPSB Ultra (≈ 103 km, ≈ 6 750 m D+) : le samedi, 35 km et 2 700 m de D+ (Technitrail des Glaciers), et le dimanche, le 68 km. Deux jours, une seule paire de jambes, aucune pitié.
- TPSB (68 km, 4 000 m D+) : le grand format de la journée, départ à 6 h, avec des passages au-dessus de 2 500 m, aux frontières de l’Italie.
- Trail du Mont-Blanc (46 km, 2 800 m D+) : celui qui m’a souri. Les organisateurs l’annoncent parfois à 43 km, mais ça ne change rien pour mes mollets.
- Technitrail des Glaciers (35 km, 2 700 m D+) : court et technique, le samedi à 8 h 30.
- Trail de la Grande Écaille (22 km, 1 300 m D+) : le terrain de jeu de Gabin.
- 10 km de la Vallée des Glaciers (≈ 360 m D+) : pour savourer le décor sans y laisser ses genoux.
- Verticale du Bonhomme (5 km) : l’escalier vers le ciel, version sadique.
Les résultats
- Défi Ultra (≈ 103 km) : Thibaut Grall, 13 h 44 min 32 s, devant Nicolas Mordelet (14 h 50 min 23 s) et Charly Poteau-Joffroy (14 h 55 min 41 s). Chez les femmes : Anaïs Cirillo, 15 h 39 min 17 s, devant Virginie Alleaud et Natacha Jaegle.
- TPSB 68 km : Benjamin Levieux, 7 h 49 min 46 s, devant Thomas Debray et Arnaud Lejeune. Chez les femmes : Clémence Grandvallet, 9 h 59 min 32 s.
- Trail du Mont-Blanc 46 km : votre serviteur, 5 h 11 min 24 s. Chez les femmes : Audrey Tylinski, 6 h 10 min 35 s.
- Technitrail des Glaciers 35 km : Florian Marsollier, 4 h 02 min 10 s. Chez les femmes : Margaux Gueguen, 5 h 19 min 37 s.
- Trail de la Grande Écaille 22 km : Gabin Ageron, 1 h 56 min 56 s. Chez les femmes : Claire Durand, 2 h 52 min 03 s.
- 10 km de la Vallée des Glaciers : Ismael Croizier, 40 min 44 s. Chez les femmes : Mathilde Tresanini, 51 min 56 s.
- Verticale du Bonhomme : Brice Mayeur, 44 min 03 s. Chez les femmes : Léa Carlesso, 54 min 16 s.
Une fois n’est pas coutume : l’organisation a sorti le chéquier
Dernier clin d’œil : l’organisateur, ravi de ce franc succès, a récompensé les vainqueurs du Défi Ultra, le 68km et du 46 km. Sur un trail de cette taille, c’est suffisamment rare pour être noté. J’y vois la preuve que les organisateurs lisent aussi le chrono, et qu’ils savent reconnaitre les performances et l’engagement. Dommage que le courte distance ne soit aussi bien reconnue. Mais cela se vaut sur tous les évènements.
Et maintenant ?
Pour ma part, je repars avec une pile de souvenirs, et une conviction : je n’ai fait que la moitié du chemin. Le 68 km, les glaciers plus hauts, les parties vraiment sauvages et verticales vers le col du Petit Saint-Bernard m’attendent. Alors, je me pose la question : et si je revenais l’an prochain ? Juste pour voir ? Juste pour le fun ? Et peut-être, accessoirement, pour chercher un nouveau podium ?
À l’année prochaine, aux Chapieux.
Voir le site de l’évènement https://traildupetitsaintbernard.fr/
Cet article est rendu possible par Outdoor And News.
